Iceberg

L’une des plus célèbres interprètes de Pina Bausch se met en scène

Cristiana Morganti était sur la scène du théâtre Le Quai à Angers mardi 17 janvier, pour présenter sa création Jessica and me, dans le cadre du festival Danse Solo. Jessica and me, une pièce irrésistible pleine de poésie et de drôlerie.

 

L’artiste incontournable

 Figure incontestée depuis 1993 de la compagnie Tanztheater Wuppertal de Pina Bausch, Cristiana Morganti nous propose dans cette création un hommage à la danse et au temps qui passe, tout en poésie et en humour.

 

Un recul sur sa vie

Cristiana reconstruit le fil de sa mémoire, il s’agit d’un recul sur sa vie. Après toutes ces années à danser aux cotés de Pina, il semble aujourd’hui que cela lui demande plus d’effort. C’est une rétrospective sur sa vie, son passé, toutes les anecdotes de son parcours qui l’habitent encore, elle les raconte sur scène.

Cristiana danse et joue la comédie, Il faut croire du moins, qu’elle préfère autant s’exprimer oralement à présent. Peut-être s’en est-elle trop privée durant toutes ces années. Au début du spectacle, on peut l’entendre questionner son public : « Voulez-vous que je danse ou voulez-vous que je parle ? » Elle semble opter pour les deux solutions.

« Je me suis toujours sentie une actrice mais je suis une danseuse, alors je suis une danseuse qui parle »

 

A cœur ouvert

Jessica and me est une confession ; le titre reflète parfaitement cet échange. À l’aide d’un magnétophone, Jessica la questionne sur ces années d’activités avec Pina, Cristiana se dévoile. On en apprend davantage sur sa vie, en Allemagne, en Italie, les rapports avec sa mère, avec ses professeurs de danse, ses doutes, ses souffrances, sa nostalgie du pays… Cristiana rit, Cristiana pleure, parle, danse… on peut même la voir allumer une cigarette et la fumer sur scène. La mise à nu est totale.

Elle essaye d’être le plus honnête possible. En se déshabillant sur scène, elle dévoile quelque chose de fragile en elle et effectue par là même un jugement sur son propre corps.

 

Cristiana confrontée à Pina

Avec cette création, Cristiana a voulu se confronter à son imaginaire, si elle demeurait encore sous l’influence esthétique et dramatique de la compagnie, elle a cherché à s’en éloigner le plus possible. Elle a essayé de composer sans se poser de questions.

La particularité de Pina était de révéler chaque personnalité individuellement sur scène. Cristiana, elle, a eu besoin de prendre de la distance par rapport à Pina, presque un rejet. La scène avec la robe blanche en feu pourrait symboliser la rupture avec cette dernière.

 

Une mise en scène époustouflante

Les sons sont variés, les gestes précis, les effets audiovisuels ahurissants. D’un grand esthétisme, le spectacle offre plusieurs séquences très cinématographiques. On observe une gestuelle corporelle manipulée à la perfection mais également abstraite. Cristiana se lâche, elle court sur scène, se vide de son énergie et nous emporte dans sa folie…

D’un humour certain, les rires volent dans la salle puis vient un silence complet : les esprits sont captivés par les effets visuels, la musique et l’expression corporelle. Il plane une légère mélancolie… Pina Bausch serait-elle encore là malgré le désir d’émancipation de Cristiana ?

 

Vers l’avenir

A travers cette création, on suit Cristiana observer une dernière fois derrière elle, et prendre son avenir en main. C’est une manière libératoire de tourner le dos à son passé pour aller de l’avant. Bref un pur délice pour nos pupilles.

Par Thibault Lecardonnel

L'iceberg
UCO Angers
49100
Adresse mail
humanites2017@gmail.com

Réseaux sociaux

@Iceberg_mag